vendredi 9 juin 2017

L'ÉCHEC D'UNE CONSULTATION PARTICIPATIVE. ESPLANADE

 2205 vues au 1er septembre 2017. 10 h

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Ce document m'a été envoyé il y a une petite heure via Facebook.
Il est interpellant et il est possible que je tente d'y répondre dans les heures qui viennent. Toujours en mon nom personnel, comme éditeur de ce blog, et pas comme président de l'Association des Habitants. Mais j'attends  d'abord les réactions des lecteurs de ce blog.

Dès dimanche soir, comme à chaque soir d’élections, les parties en présence ne manqueront pas de s’attribuer la réussite de la consultation, voire la victoire, quels que soient les résultats.
À deux jours du scrutin, permettez-moi cette petite réflexion. Réflexion et non pas prédiction: je me garderai bien de jouer les pythies ou les sondeuses d’opinion, l’actualité les ayant largement tournées en ridicule les derniers temps. Aujourd’hui, je me pose la question de ce qui fera la réussite de cette consultation. Il n’y a pas de réponse univoque à cette question ; la réponse dépend des objectifs et des intérêts des parties en présence. En l’occurrence, les tenants du « non » (la Plateforme), ceux du « oui » (Klépierre) et ceux de la participation (les démocrates). 
On peut raisonnablement penser, étant donné la dramatisation et la radicalisation de la communication de la plateforme, et surtout la mobilisation remarquable qu’elle a entraînée (3300 signatures pour la consultation – ou 3500 selon les interlocuteurs, passons), que la consultation fera le plein des « non » et des « non mais ». On peut raisonnablement penser – et la plateforme y croit – que pas un seul néolouvaniste un tant soit peu opposé au projet d’extension de l’Esplanade ne restera chez lui.elle les bras croisés. Les partisans du « non » iront joyeusement dire « non » et les empêchés auront donné procuration. Pas un seul « non » ne se perdra. Parce qu’il n’y a pas de tiédeur dans le « non », ni même dans le « non mais ».
On peut raisonnablement penser que la consultation ne fera pas le plein des « oui ». Certes, au fur et à mesure que la date du 11 juin approche, les « oui », ou plutôt les « oui mais » sortent du bois, fâchés par la radicalisation du débat, enhardis par les arguments des uns et des autres (par exemple ceux de Jean-Luc Roland ou, très récemment, d’un collectif d’anciens présidents de l’AH) qui mettent à mal l’appel au seul « non » . Non que ceux-ci appellent à voter « oui » ou « non », mais en démocrates et en personnes pragmatiques, ils réagissent à l’injonction sectaire de la plateforme de voter « non c’est non », « non, sinon rien », « non pur et dur » et de ne répondre à aucune des vingt questions proposées. 
On pourra revenir sur cette injonction assez paradoxale alors que la principale critique des processus participatifs et référendaires porte d’habitude sur l’univocité de la question et l’absence de nuance qu’offre une réponse binaire. 
La consultation ne fera pas le plein des « oui ». Les 3200 personnes (3500 ?) qui ont signé pour une consultation populaire ont signé pour plus de démocratie et plus de participation, pas nécessairement pour moins d’Esplanade. Les « oui » et les « oui mais » seront le fait des partisans de l’Extension, mais en aucun cas, la consultation ne fera le plein des « oui ». Les habitants d’Ottignies, ceux de Limelette ou de Céroux-Mousty sont plus éloignés des remous passionnels du débat. L’abstention sera le fait des tièdes, des indécis, des écœurés par le kidnapping du débat, des lucides qui savent très bien que ce vote n’est que symbolique, de ceux qui aiment bien leur Esplanade, des aquabonistes qui auront lu Médor , de ceux qui attendent de voir, de ceux qui savent qu’on en discutera avec plus d’effet lors de l’enquête publique, de ceux qui ont autre chose à faire dimanche qu’à perdre deux heures dans cette querelle clochemerlesque parce qu’ils pensent que de toute façon, l’extension se fera, comme l’Esplanade numéro 1, comme Courbevoie, comme le park & ride du RER, etc. 
Le premier critère de réussite est la participation. Il faut, pour que l’enquête soit dépouillée, 3200 participants. Autant que de pétitionnaires demandeurs de ladite consultation, dont beaucoup sollicités à la va-vite le soir sur le pas de leur porte, ou lors d’une sympathique animation carnavalesque sur l’un ou l’autre marché du samedi. Il est à espérer que chacun de ces signataires se soit entretemps informé et se mobilisera dimanche pour transformer une signature en un déplacement, une attente dans les files des bureaux de vote, bref, un véritable engagement citoyen. En deçà de ce chiffre, ce sera un échec pour les demandeurs de cette consultation. Ce sera surtout un échec pour la démocratie participative. Combien de « non » et de « non mais » faudra-t-il pour que ce soit une victoire du « non », comme le prédit la Plateforme ? C’est simple : la majorité. C’est un principe démocratique de base. Non pas la majorité des votants, puisque la consultation fera le plein des « non » mais non celui des « oui », mais la majorité des habitants de plus de seize ans, soit des électeurs potentiels. Sur l’ensemble de la commune, nous sommes à peu près 32.000 électeurs potentiels. Retirons les habitants d’Ottignies, Céroux, Mousty ou Limelette qu’on peut penser moins directement concernés et moins passionnés. Louvain-la-Neuve compte 11 000 habitants, ce qui nous donne 9350 votants potentiels de plus de seize ans (à savoir 15% de la population ou 10% des électeurs potentiels - cette extrapolation m’a été fournie par Joachim Romain). Pour que le « non » l’emporte, il faut que la majorité des néolouvanistes votants, soit 4675 personnes au moins, se soient clairement prononcées contre le projet d’extension, par un « non c’est non », un « non mais » ou un « non sauf si ». En deçà de ce chiffre, personne ne pourra dire qu’à LLN, la majorité de la population refuse purement et simplement le projet d’extension. En deçà de ce chiffre, personne ne pourra parler de « signal clair » aux autorités.
Qui seront les perdants de la consultation populaire ? Ceux-là, on les connaît déjà. Pas besoin de voter. L’Association des Habitants qui représente de moins en moins les habitants, mais de plus en plus quelques ultras qui ont verrouillé son fonctionnement et sa communication. Je ne suis pas la seule à le constater. Voilà des années qu’ancienne membre de l’AH et présidente de comité de quartier, j’ai renoncé à mon affiliation à l’AH, écoeurée par ses dérives partisanes. L’AH devrait représenter les habitants, pas une petite partie d’entre eux et leur seul projet post-soixanthuitard (générationnel) et altermondialiste – aussi respectable ce projet soit-il. Aujourd’hui, ce phagocytage est devenu de notoriété publique, il ne suscite que méfiance et il vient d’ailleurs d’âtre dénoncé par un quarteron d’anciens présidents dans une Lettre ouverte publiée dans La Libre.
Un autre grand perdant, c’est Ecolo, dont la frange la plus ultra s’est retournée contre ses représentants, les accusant de lâcheté, de compromission avec l’ennemi, que sais-je. Les élus en sont réduits à faire le grand écart entre le cadre et les obligations procédurales du projet, les attentes de leur base, et leur vision personnelle de l’avenir de LLN. Les élections communales auront lieu dans un peu plus d’un an. Jean-Luc Roland ne briguera pas un quatrième mandat. Hadelin de Beer, personnellement très attaqué par certains militants écolos, est mal parti pour prendre sa relève. Il est à craindre que d’ici les élections (et surtout d’ici la constitution des listes), les passions ne se soient pas apaisées. Il est aussi à craindre que les voix des ultras ne soient récupérées par un autre parti (« Pirate » ?) ou un autre mouvement, plus radical. Il est de toute façon à parier que les cartes seront fortement redistribuées en octobre 2018, bien au-delà de la représentation d’Ecolo. Mais le plus grand perdant, c’est Louvain-la-Neuve en tant que laboratoire de démocratie participative. Nous avons connu le premier mayorat écologiste de Belgique. Qui a accompli des choses remarquables, dont l’une était l’accueil de l’Esplanade en milieu urbain. Le lieu n’est pas ici à lister les autres réussites de l’Olivier depuis 17 ans. Mais la promesse d’extension a été faite aux promoteurs en 1997. Comment, en vingt ans, ne s’est-on pas donné les moyens d’imaginer une alternative désirable, dans cette ville pourtant merveilleusement dotée en potentiel humain, politique, sociologique, scientifique, artistique… Comment ne s’est-on pas donné les moyens de construire ensemble un projet qui dépasse les clivages, où l’investissement de Klépierre et la chalandise de l’Esplanade pourraient être transformés en leviers de développement durable ? Pourquoi n’a-t-on pas pas pris les devants en organisant un G1000 ? Pourquoi laisser la consultation à l’initiative, parfois très heureuse, des seuls promoteurs ? La commune aura été assez passive sur ce coup-là, depuis son absence de stratégie participative jusqu’au bâclage de la consultation. Vingt questions parfois boiteuses, parfois peu claires… ont été rédigées en quelques heures par trois mandataires écolos et l’échevin de la participation (les autres mandataires pressentis ont brillé par leur absence). [Note de l'éditeur du blog : cette assertion a été contestée]. Qu’à cela ne tienne, rédiger un questionnaire participatif, c’est un métier et une petite aide professionnelle n’aurait coûté qu’une demi-journée de réunion et quelques centaines d’euros pour un résultat beaucoup plus solide. « Ah, on n’y a pas pensé », paraît-il. Décidément, que d’opportunités manquées. Je doute qu’étant donné les passions et les sectarismes que ce débat révèle, on puisse un jour les retrouver. Mais j’espère me tromper. 

4 commentaires:

  1. *Retirons les habitants d’Ottignies, Céroux, Mousty ou Limelette qu’on peut penser moins directement concernés et moins passionnés*
    NON MAIS .... si c' est même habitant n' avait pas crée Louvain la neuve ont ne parlerais même pas d' une extension de l' esplanade lol, alors les réduirent comme fait dans ce texte est tout simplement ridicule !!!

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    1. je vais rajouter que de plus les habitant de Ottignies centre son particulièrement concerner par ce projet de fait il y a de nombreux petit commerce et le Douaire.... alor le * peut concerner ..moins passionnés* est vraiment mal approprié surtout avec le développement qui suit dans le texte.

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    2. En effet, sur ce point là, le succès de la consultation hors LLN a démontré l'intérêt de la population et je m'en réjouis.

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  2. Et le seuil du NON particulièrement élevé demandé par Madame Costermans a de plus été atteint haut la main. Le signal est donc plus que clair, il est limpide :)

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